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CINDY BABIN, NOTRE MANNEQUIN ENGAGÉE

Updated: Jul 9, 2019



INTERVIEW AVEC CINDY BABIN, MANNEQUIN ET FEMME ENGAGEE; PRESIDENTE DE L'ORGANISATION AYIKA'A


ALM: Qui est Cindy Babin en quelques mots?

Cindy : Je suis une jeune fille de 25ans avant tout passionnée, joviale, spontanée, ouverte, extravertie et très têtue (lol) mais aussi, sérieuse, professionnelle et ambitieuse. Je suis Franco-Ivoirienne et mannequin en agence depuis 3 ans.

En Janvier 2018, j’ai quitté Paris et je me suis envolée pour vivre l’expérience Américaine. En ce moment, je vis à New York. Avant ça, en 2017, j’ai tenté l’international en allant en Afrique du Sud, à Cape Town, et j’ai découvert un autre côté de la mode qu’il n’y avait pas en France: La diversité.

Je suis également présidente de l’association Ayika’a qui a pour but de faire rayonner l’art, la beauté et la diversité d’une part, et d’autre part de lutter et casser certains clichés et stéréotypes de nos sociétés.


ALM: Comment est née votre passion pour le mannequinat? Et quel a été la réaction de votre entourage ?

Cindy : Pour la petite histoire, je n’étais pas passionnée par le mannequinat au départ mais par le sport plus précisément l’athlétisme. A 18ans, j’ai été repéré par Vania Laporte du groupe l’Oréal pour participer à une campagne de lancement pour une gamme de cheveux pour le marché antillais. J’ai accepté, car depuis toujours j’aime me faire prendre en photo mais ce n’était qu’un loisir. À la sortie de la campagne, j’ai eu beaucoup de propositions et j’ai décidé de faire du mannequinat en parallèle de mes études et du sport pendant 4ans. Puis, j’ai commencé à prendre sérieusement gout à la camera, j'étais de plus en plus à l’aise, j’avais une assurance que je n’avais pas avant. La photo et le mannequinat m’ont permis de m’affirmer et de prendre confiance en moi.

C’est ainsi que j’ai décidé de commencer une carrière professionnelle en Janvier 2014, mais hélas il m’a fallu 1 an et demi pour trouver une agence. J’ai finalement trouvé en Avril 2015. Les recherches étaient assez compliquées à cause de mes mensurations jugées «trop élevées» pour le milieu de la mode. J’ai essuyé pas mal de refus car mon corps était jugé trop «tonique» à cause de l’athlétisme avec «trop de hanches» et surtout j’ai été confronté à la dure loi des quotas de femmes noires et métissées en France. «Nous avons atteint notre quota de femmes noires», voici la phrase que l’on m’a trop dit. Une phrase qui selon moi n’a aucun sens car on ne peut pas parler de quota lorsque l’on parle d’êtres humains. De plus cette phrase reviendrait à dire que tous les non-blancs se ressemblent, alors qu’il y a une diversité.

En ce qui concerne la réaction de mon entourage, mon père a toujours été très encourageant depuis le début et quant à ma mère elle était un peu plus rétissante à cause de la mauvaise image du milieu de mannequins mais surtout par rapport à mon avenir professionnel car c’est une profession instable.  Aujourd’hui, tout va bien, elle a compris qu’il s’agissait simplement de la mentalité et du caractère de la personne, et qu’on peut être mannequin, avoir de bonnes valeurs et exceller professionnellement. Maman est fière de moi. Il faut tout simplement garder la tête sur les épaules et avoir des projets en tête pour assurer sa reconversion.



ALM: À travers vos réseaux sociaux, vous êtes très engagée en ce qui concerne la représentation de la femme dans les médias et le milieu de la mode. Vous considérez-vous féministe ?

Cindy: Pas forcement, mais oui je suis pour l’égalité hommes/femmes. L’association Ayika’a (ayikaa.com) est née autour des femmes car il s’agissait surtout de mon expérience dans le milieu de la mode qu’on a exposé pour faire passer de forts messages sociaux qui parlent à tout le monde. Aujourd’hui, on s’ouvre également aux hommes, au travers avec les différentes rubriques de notre site internet que je vous invite vivement à visiter pour comprendre plus en profondeur notre concept. D’ailleurs notre prochain projet photo qui verra le jour en janvier 2019 montrera le visage d’hommes et de femmes du monde entier. Je me qualifie simplement d’humaine et non d'afro féministe ou autre.


ALM: Quel impact pensez-vous apporter avec vos différents engagements ?

Cindy : Premièrement, l’amour! Peut-être au vu de ma foi... Toutes les inégalités, injustices et ignorances proviennent de la haine, du rejet et révèlent un manque de pardon. Mais également pour casser certains clichés et problèmes identitaires. Ces engagements veulent sensibiliser et favoriser les échanges et partages, le tout dans un climat pacifique.Si j’ai un message à faire passer à ma génération, je nous dirai d’être fière de ce que nous sommes, de nous assumer malgré ce que les médias nous montrent quotidiennement, d’où nos projets photo avec Ayika’a.J’aimerai aussi faire comprendre que nous sommes tous créer pour accomplir une mission qui aura pour but d’impacter le monde positivement, et souvent les réponses à nos destinés se trouvent en nous. Il faut écouter son cœur et oser se lancer même dans des professions dites « non conventionnelles ». Au début c’est difficile mais avec de la persévérance et de la foi on y arrive toujours.



ALM: Vous avez fondé l’association Ayika’a, quel a été le declic et surtout qu’est-ce que vous souhaitez accomplir à travers Ayika’a ?

Cindy : Je pensais depuis de nombreuses années à réaliser un projet qui défendrait cette cause et surtout casserai les idées reçues de nos sociétés mais je ne savais pas trop par où commencer.

Le déclic je l’ai eu pendant mon séjour en Afrique du Sud, ou j’ai vu une réelle diversité dans le milieu de la mode. Ça a été un peu le déclencheur du projet Ayika’a. En France et en occident en général la femme noire, métissée n‘est pas représentée à sa juste valeur et elle est très stéréotypée ce qui crée un énorme frein pour toutes ses personnes non-blanches qui aimeraient tenter leur chance dans ce secteur. Ayika’a a débuté avec un projet photographique pour montrer cette diversité en France essentiellement, mais aussi à l’échelle mondiale. Le nombre de femmes noires dans les agences de mannequinat est très alarmant et révèle une certaine injustice voir même de la discrimination.

L’association Ayika’a a donc pour but d’utiliser l’art et la mode pour valoriser la différence au sein des femmes noires et métissées car non, nous ne nous ressemblons pas toutes et un quota de 5 femmes non-blanches par agence ne peut pas nous représenter. Une correcte représentation de la femme est très importante pour nous et pour les générations à venir.

Pour finir Ayika’a tend à la tolérance, au respect et a l’authenticité de tout un chacun. Il est essentiel que toutes ses femmes puissent rester elles-mêmes et qu’elles ne soient pas constamment obligées d’altérer qui elles sont pour rentrer dans des cases. Ayika’a veut vraiment encourager et partager de l’amour.

Très bientôt, Ayika’a s’ouvrira au monde avec notre 3ème projet photographique qui verra le jour en janvier 2019. Nous avons de nombreux objectifs à court, moyen et long terme mais pour l’heure je préfère les garder secret. Mais si je devais en citer deux, pourquoi pas contribuer au développement et au rayonnement de l’art en Afrique en faisant des dons aux nombreux artistes de notre continent en manque de visibilité. Un magazine papier serait le bienvenu d'ici quelques années si Dieu le veut.



ALM: Quelle est votre definition de LeadHer ? Et qui sont ces femmes africaines qui vous inspirent au quotidien ?

Cindy : Pour moi un leadHer c’est celle qui rassemble autour d’une cause, qui sait exploiter et développer le potentiel de son équipe, qui arrive à convaincre et à toucher le monde. Un Leadher sait encourager et motiver ses troupes. Ce n’est pas si facile, croyez-moi!

Ça peut faire fleur-bleu mais mon inspiration c’est ma mère! Elle a le don de rassembler autour de Dieu la famille. Elle m’a permis de développer une relation avec Dieu. J’aime bien aussi Alyson felix, une sprinteuse du 400m. Elle est impressionnante avec un palmarès incroyable, mais malgré cela, elle très simple et humble. Je m’identifie à ce genre de personne car c’est ce que j’aimerai renvoyer comme image plus tard. Star ou pas, nous sommes avant tout, humain.


ALM: Pouvez-vous partager avec nous ou est-ce que vous trouvez la force qui vous permet de tenir et d’avancer dans vos engagements ?

Cindy : Je suis très anxieuse de nature mais Dieu me fortifie. Je n'ai pas peur de prendre des risques. Dans les moments de doutes, ma famille et mes proches m'encouragent.

Au sein de la team Ayika'a, Anne-Raissa Gbakatchétché co-fondatrice et secrétaire générale ainsi que Evan Fadika co-fondateur et Trésorier m’épaulent énormément dans nos différents engagements. Je n’y serais certainement pas arrivée sans eux.


Merci Cindy, pour ton franc-parler et ton dynamisme. Nous suivons Ayika'a et vos aventures de très près.

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